Qu’y aurait-il sur votre menu imaginaire pour 2056 ?

Café Futuresque est né d’une vraie démarche de recherche. Les menus sont construits à partir de ce que des personnes issues de contextes variés ont imaginé que nous pourrions manger dans 30 ou 100 ans. Ce qui était au départ un résultat de recherche est devenu un format expérientiel : un café éphémère où le menu lui-même est au cœur de l’expérience, invitant les visiteurs à s’asseoir avec les questions que la recherche sur l’avenir de l’alimentation ne cesse de soulever. Où en sommes-nous aujourd’hui, vers où allons-nous, et comment nous sentons-nous vraiment par rapport à tout cela ?

Le menu comprend la « Salade Pas Comme Celle de Grand-Mère » : poulet vegan cultivé en laboratoire, kale, chips d’algues et vinaigrette à bilan carbone négatif. Le « Smoothie du Sol à la Gorgée » mélange des végétaux issus de l’agriculture régénératrice, des champignons adaptogènes et des graines de chia nano-hydratées. Et pour les plus nostalgiques, la « Barre Chocolatée Emballée en Plastique », répertoriée comme Relique Interdite.

Un peu étrange pour certains ? Absolument. C’est justement le but.

Il n’était pas surprenant que beaucoup de participants arrivent à l’atelier pilote du BIOTOPE FESTIVAL en s’inquiétant de l’avenir de l’alimentation. Mais ce qui s’est passé ensuite était intéressant.

73 % des participants pensaient que des menus de ce type feraient leur apparition dans des restaurants ou des cafés d’ici 20 ans, et près de 50 % d’ici 10 ans — bien dans les limites de la vie de la plupart d’entre nous.

L’émotion le plus souvent évoquée durant l’expérience était « l’inconfort ». La deuxième était « le sentiment d’agir ». Près de la moitié des participants ont déclaré qu’ils ne se sentiraient pas à l’aise de manger ce menu. Les raisons invoquées : c’est « trop artificiel », ça « n’offre aucun plaisir gustatif », ou ça « va détruire beaucoup d’emplois ». Ceux qui se disaient à l’aise ? « On devra s’adapter », ou simplement curieux d’essayer.

Et pourtant, après l’expérience, 80 % estimaient que leurs propres choix contribuent à façonner l’avenir de l’alimentation. Beaucoup de ceux qui étaient arrivés inquiets l’étaient encore (les préoccupations concernant les prix, le goût et ce que nous pourrions perdre n’ont pas disparu), mais l’inconfort et le sentiment d’agir se sont révélés compatibles. Bien plus, se confronter à un avenir inconfortable semblait activer les gens plutôt que les paralyser.

Cela s’est reflété dans les réponses écrites. Les actions envisagées allaient de « aller acheter des légumes au prochain marché du dimanche » à « cultiver mon propre jardin » et « faire des choix plus réfléchis » : des actions concrètes, ancrées, personnelles.

Enfin, plus de la moitié des participants ont déclaré que cette brève expérience avait modifié, au moins dans une certaine mesure, leur rapport à l’avenir de l’alimentation. La raison la plus souvent citée ? Elle a rendu l’avenir plus proche et plus réel. Nous avons souvent tendance à percevoir les futurs lointains, au-delà de notre horizon personnel, comme quelque chose de distant, à décider plus tard, par des systèmes plus grands que nous. Ce dont nous avons besoin, ce sont des façons de ramener ces futurs dans l’imagination du présent — créer des espaces qui encouragent à apprivoiser l’incertitude, jusqu’à ce que les courses du dimanche puissent commencer à ressembler à une partie de la réponse.

Nous continuons à développer ce format et serions ravis d’entendre ce que ces résultats vous évoquent. Qu’y aurait-il sur votre menu imaginaire pour 2056 ?

Café Futuresque s’inscrit dans notre travail soutenu par la Fondation APRIL.

Atelier à l’Institut Transitions

À quoi ressemble l’avenir quand on est en train de transformer le sien ?

Nous avons récemment été invités par Nicolas Fieulaine à animer un atelier « Images du Futur » avec 36 participants du programme Nouvelles Voies de l’Institut Transitions — un programme d’un an visant à réorienter des carrières vers la transition écologique et sociale. Les personnes présentes accomplissaient déjà quelque chose de difficile : lâcher prise sur une façon de travailler pour en construire une autre.

Nous avons commencé comme toujours, avec deux questions. À quoi ressemble votre avenir personnel ? À quoi ressemble l’avenir global ?

L’écart entre les deux réponses était frappant.

Futur personnel :

optimisme 20 · enthousiasme 20 · calme 12 · incertain 30 · anxieux 10 · impuissant 7 · indifférent 3

Futur global:

incertain 36 · anxieux 31 · impuissant 20 · calme 6 · optimisme 5 · indifférent 1 · enthousiasme 0

Les avenirs personnels étaient riches en texture. Les gens dessinaient des arbres, des cabanes à la montagne, des oiseaux. Ils écrivaient : nature, liberté, introspection, bonheur, paix intérieure. La famille, les enfants, du temps pour les activités qu’ils aiment, un travail qui inspire et motive. Quelqu’un imaginait des cheveux blancs. Quelqu’un avait écrit « flou, mais c’est ok ». Un autre : « incertitude mais stabilisant, un arbre qui prend ses racines ». Ces avenirs étaient modestes dans leur portée, sensoriels, relationnels. Incertains, oui. Mais d’une façon qui laissait encore de la place à l’action.

Le tableau global était tout autre. Crises, effondrement, guerres, sécheresse, conflits, en feu. Extermination du vivant. Quelqu’un avait écrit « ça sent le sapin ». « Aïe aïe aïe. » Une note disait « nuancé, plus éclairé, mais pas suffisamment ». Résilience n’apparaissait qu’une fois. Enthousiasme : zéro.

Un participant l’a dit directement : j’ai une prise sur mon avenir personnel, mais pas sur l’avenir global. C’est une expérience partagée, non un manque d’imagination. C’est une distinction psychologique bien réelle. L’avenir personnel est là où vit le sentiment d’agir. L’avenir global est là où il se tait.

Ce qui traversait les deux tableaux : la nature comme ancre. Les arbres, les oiseaux, les forêts, les montagnes apparaissaient partout — côté personnel comme lieu de sécurité et de sens, côté mondial comme ce qui est menacé. Et le lien comme ressource : famille, enfants, liens intergénérationnels, attaches géographiques et affectives. Ce sont eux qui rendent les avenirs vivables. Un ancrage relationnel, quelque chose de partagé.

Ce qui rendait ce groupe particulier, c’est son contexte. Ces personnes choisissaient déjà d’agir, se formaient déjà, construisaient déjà quelque chose de nouveau dans le sens de la transition. Et pourtant, l’écart persistait.

Nous observons cette tension dans des contextes très différents, dans plusieurs pays. Au Danemark et aux États-Unis, environ 75 % des participants décrivent l’avenir mondial en termes majoritairement négatifs. En Chine et en Inde, environ 65 % le décrivent positivement, façonné par des flux d’information différents, des structures de sens différentes, et une relation plus circulaire au temps.

Nous avons aussi évoqué la façon dont les horizons temporels se sont rétrécis depuis la pandémie. Avant 2020, les participants imaginaient généralement leur avenir personnel à 15 ou 30 ans. Aujourd’hui, c’est cinq ans au maximum. Les grands événements collectifs ne changent pas seulement notre rapport au futur — ils changent aussi jusqu’où nous pouvons le regarder.

Quelque chose de nouveau est apparu lors de cet atelier. Un participant a dit qu’il ne parvenait plus à distinguer son avenir personnel de l’avenir global — il les vit comme une seule et même chose. Nous avons entendu cela pour la première fois il y a quelques mois à Sciences Po. Cela nous amène à repenser le concept de Perspective Temporelle Équilibrée et approfondit la direction de nos recherches.

L’atelier a été animé par Anna Sircova, avec l’assistance de Mariam et Galina Zhukova. Merci à Nicolas Fieulaine et à l’Institut Transitions pour l’invitation, et à toutes les personnes présentes pour l’ouverture avec laquelle elles ont abordé ces questions.

Si vous souhaitez organiser un atelier « Images du Futur » dans votre organisation, votre programme de formation ou votre équipe, n’hésitez pas à nous contacter !

Explorer des scénarios du futur à Sciences Po Lyon

En février, Creative Time Lab a été invité par Nicolas Fieulaine à animer deux ateliers pour les étudiants de Sciences Po Lyon. Ensemble, nous avons exploré les images des futurs personnel et global ainsi que cinq scénarios d’avenir. Ce fut une journée de travail créatif et stimulant pour toutes les personnes impliquées !

À travers des exercices créatifs et des outils de recherche, les étudiants ont réfléchi à leur avenir personnel ainsi qu’à l’avenir global, révélant un contraste frappant que nous avons observé à maintes reprises dans nos recherches.

En imaginant leur futur personnel, les étudiants ont ressenti un mélange de :

  • enthousiasme (25 %) et optimisme (16,5 %),
  • équilibré par un peu d’anxiété (20 %) et d’incertitude (21,5 %).

Ils l’ont présenté, et c’est important, comme quelque chose sur lequel ils ont du pouvoir et de l’agentivité. Les images étaient familières : une carrière créative avec des défis, mais aussi la liberté de voyager et de faire une sieste sur une plage.

Le futur global, en revanche, semblait très différent. Il a été décrit comme :
🔥 anxiogène (36 %)
🌫 incertain (25 %)
⚠️ source d’impuissance (33 %)
avec à peine un peu d’optimisme (3 %)
et certainement pas calme.

Les images étaient souvent frappantes : une planète en feu, une catastrophe environnementale, des explosions et de profondes divisions sociales.

Rien de tout cela n’est surprenant. Mais ce qui a résonné — et ce à quoi nous devons prêter attention — c’est que personne ne se sent indifférent.

Au milieu de ce chaos imaginé, des questions urgentes ont émergé :
Pourquoi séparons-nous notre avenir personnel de l’avenir global alors qu’ils ne font qu’un ?

Et s’il y a de la peur et une profonde tristesse à imaginer ce que nous risquons de perdre, une émotion plus forte a commencé à émerger : la colère.

Nous menons ces ateliers depuis 2019. C’est la première fois que nous voyons la colère aussi présente dans la salle.

Selon vous, qu’est-ce qui a changé dans le paysage émotionnel ?
Remarquez-vous aussi que la colère apparaît plus souvent dans les conversations sur l’avenir ?
Quelles émotions vous viennent à l’esprit lorsque vous imaginez aujourd’hui l’avenir global ?

👇 Partagez vos réflexions en commentaire.

It’s Complicated : Futurisation, le 17 mars

Quelle est votre relation avec l’avenir et comment vous affecte-t-elle en ce moment même ?

Rejoignez Anna Sircova, fondatrice de Creative Time Lab, le 17 mars pour une conversation approfondie en direct avec Johanne Schwensen de It’s Complicated. Elles exploreront la futurisation — un concept qui va au-delà de la simple réflexion sur l’avenir pour examiner comment nos images du demain façonnent notre santé mentale et nos actions aujourd’hui.

Elles aborderont des questions telles que :
🤔 En quoi la « futurisation » diffère-t-elle du simple « fait de penser à l’avenir » ?
🌍 Si une personne a une vision apocalyptique de l’avenir du monde, comment cela se manifeste-t-il dans sa santé mentale au quotidien ?
✨ Comment utiliser l’imagination non pas comme une échappatoire, mais comme un véritable outil de résilience ?

Anna apporte son regard unique en tant que psychologue, chercheuse et artiste visuelle pour discuter de ces questions et d’autres encore.

📅 Quand : Mardi 17 mars | 12h00 – 13h00 (heure de Paris)
📍 Où : En direct (streaming)
🔗 Inscription ici : https://lnkd.in/dEuu2Bev

Venez futuriser avec nous !

Quelques enseignements tirés des données que nous avons recueillies avec notre installation immersive l’été dernier…

Pour planter le décor, voici de quoi réfléchir. Imaginez-vous entrer dans l’Espace de Futurisation en vous demandant : « Quelle est la couleur du futur ? » et « Quel temps fera-t-il dans le futur ? »

Nos résultats montrent un conflit fascinant :

🎨 Palette de couleurs :
Des bleus froids.
Des verts frais.
Des gris élégants.
Très scandinave. Très calme. Très « on gère ».

☀️ Météo :
🔥🔥🔥 CHALEUR EXTREME 🔥🔥🔥
(55 % des réponses. Pas d’ombre. Littéralement.)

Alors d’un côté, nous imaginons l’avenir comme un tableau d’inspiration au style apaisant, porté par l’optimisme.
De l’autre côté, on a l’impression d’être pieds nus sur l’asphalte en août et l’anxiété monte…

Pour résumer :
Nous voyons un avenir esthétiquement conçu pour un calme et une croissance maximaux… tout en nous préparant physiologiquement à la séance de yoga la plus chaude qui soit.

Cela soulève quelques questions :

  • Pouvons-nous conserver notre calme tout en anticipant les perturbations ?
  • Sommes-nous des esthètes optimistes qui sont aussi des réalistes pragmatiques ?
  • Gardons-nous l’espoir que la hausse des températures n’effacera pas la palette de couleurs du monde naturel ?
  • Ou espérons-nous simplement que nos futurs climatiseurs solaires d’intérieur auront une jolie teinte menthe ?

Ou peut-être que notre imagination est déjà climatisée, mais pas nos émotions.
Et peut-être que la vraie question est de savoir si cette coexistence du calme et de l’anxiété est viable…

Ou, pour le dire plus crûment :
Sommes-nous déterminés à ce que, si nous devons bientôt marcher sur des braises, nous le fassions avec style ?

💬 Si vous deviez expliquer ce contraste en une phrase, que diriez-vous ?
💬 Quelle est la palette de couleurs — ou la météo — de votre avenir ?

Pourquoi Creative Time Lab ?

Ce nom est le fruit d’un long processus.

En 2015, j’ai fondé Creative Time Studio, un espace où la psychologie du temps rencontre la créativité. Il s’agissait d’une petite expérience née d’une idée : la façon dont nous utilisons et vivons le temps façonne profondément nos vies, notre joie et notre capacité à changer.

Le Studio consistait à dire « oui » à la création et à l’utilisation du temps, à utiliser la créativité comme une ressource, à façonner des moments de découverte, de jeu et de sens. Il s’agissait également de ma propre quête : comment réunir des années de recherche sur la perspective temporelle et ma passion pour les approches interdisciplinaires avec mon amour pour les arts, la narration, l’imagination et d’autres activités créatives.

Au fil du temps, cette quête s’est élargie. J’ai réalisé que ce dont nous avions besoin ensuite, ce n’était pas seulement un « studio » — un lieu de création — mais aussi un « laboratoire » — un lieu d’exploration, d’expérimentation et de collaboration.

C’est ainsi qu’est né Creative Time Lab.

Ici, nous réunissons l’art et la science pour créer des espaces où chacun peut renouer avec son imagination, sa curiosité et une vision de l’avenir. Notre projet phare, The Space of Futurization, est né de nos découvertes scientifiques qui ont révélé qu’il existe plusieurs futurs possibles. Nous espérons ainsi créer les conditions propices à des actions porteuses de sens, afin de transformer l’angoisse liée à l’avenir en imagination collective et en capacité d’agir.

D’une certaine manière, Creative Time Lab poursuit ce que le Studio a commencé : un espace de rêve pour expérimenter le temps, la créativité et les relations humaines. C’est un espace dédié à la joie, à la réflexion, à l’imagination collective et au partage de sens.

— Dr Anna Sircova

Fondatrice,Creative Time Lab

Creative Time Lab : façonner la résilience de demain

Nous sommes une association à but non lucratif basée en France qui se consacre à l’étude de la manière dont notre relation au temps, et en particulier à l’avenir, influence notre santé mentale, notre créativité et la transformation sociale.

Chez Creative Time Lab, nous cherchons des moyens d’aider les gens à envisager l’avenir sans être paralysés par l’angoisse. En associant science et art, nous créons des espaces propices au dialogue, à la résilience émotionnelle et à l’imagination collective, car l’avenir commence dans notre façon de penser, de ressentir et d’agir aujourd’hui.

Notre projet phare, L’Espace de Futurization, est une installation immersive qui transforme la recherche psychologique en expériences sensorielles partagées. Elle invite les participants à explorer leurs espoirs et leurs craintes concernant l’avenir, favorisant ainsi la réflexion, la connexion et la capacité d’action.

Suivez-nous pour découvrir comment la psychologie, l’art et le design peuvent s’associer pour façonner une relation plus résiliente et imaginative avec le futur.