
À quoi ressemble l’avenir quand on est en train de transformer le sien ?
Nous avons récemment été invités par Nicolas Fieulaine à animer un atelier « Images du Futur » avec 36 participants du programme Nouvelles Voies de l’Institut Transitions — un programme d’un an visant à réorienter des carrières vers la transition écologique et sociale. Les personnes présentes accomplissaient déjà quelque chose de difficile : lâcher prise sur une façon de travailler pour en construire une autre.
Nous avons commencé comme toujours, avec deux questions. À quoi ressemble votre avenir personnel ? À quoi ressemble l’avenir global ?
L’écart entre les deux réponses était frappant.
Futur personnel :
optimisme 20 · enthousiasme 20 · calme 12 · incertain 30 · anxieux 10 · impuissant 7 · indifférent 3
Futur global:
incertain 36 · anxieux 31 · impuissant 20 · calme 6 · optimisme 5 · indifférent 1 · enthousiasme 0

Les avenirs personnels étaient riches en texture. Les gens dessinaient des arbres, des cabanes à la montagne, des oiseaux. Ils écrivaient : nature, liberté, introspection, bonheur, paix intérieure. La famille, les enfants, du temps pour les activités qu’ils aiment, un travail qui inspire et motive. Quelqu’un imaginait des cheveux blancs. Quelqu’un avait écrit « flou, mais c’est ok ». Un autre : « incertitude mais stabilisant, un arbre qui prend ses racines ». Ces avenirs étaient modestes dans leur portée, sensoriels, relationnels. Incertains, oui. Mais d’une façon qui laissait encore de la place à l’action.
Le tableau global était tout autre. Crises, effondrement, guerres, sécheresse, conflits, en feu. Extermination du vivant. Quelqu’un avait écrit « ça sent le sapin ». « Aïe aïe aïe. » Une note disait « nuancé, plus éclairé, mais pas suffisamment ». Résilience n’apparaissait qu’une fois. Enthousiasme : zéro.

Un participant l’a dit directement : j’ai une prise sur mon avenir personnel, mais pas sur l’avenir global. C’est une expérience partagée, non un manque d’imagination. C’est une distinction psychologique bien réelle. L’avenir personnel est là où vit le sentiment d’agir. L’avenir global est là où il se tait.
Ce qui traversait les deux tableaux : la nature comme ancre. Les arbres, les oiseaux, les forêts, les montagnes apparaissaient partout — côté personnel comme lieu de sécurité et de sens, côté mondial comme ce qui est menacé. Et le lien comme ressource : famille, enfants, liens intergénérationnels, attaches géographiques et affectives. Ce sont eux qui rendent les avenirs vivables. Un ancrage relationnel, quelque chose de partagé.
Ce qui rendait ce groupe particulier, c’est son contexte. Ces personnes choisissaient déjà d’agir, se formaient déjà, construisaient déjà quelque chose de nouveau dans le sens de la transition. Et pourtant, l’écart persistait.
Nous observons cette tension dans des contextes très différents, dans plusieurs pays. Au Danemark et aux États-Unis, environ 75 % des participants décrivent l’avenir mondial en termes majoritairement négatifs. En Chine et en Inde, environ 65 % le décrivent positivement, façonné par des flux d’information différents, des structures de sens différentes, et une relation plus circulaire au temps.

Nous avons aussi évoqué la façon dont les horizons temporels se sont rétrécis depuis la pandémie. Avant 2020, les participants imaginaient généralement leur avenir personnel à 15 ou 30 ans. Aujourd’hui, c’est cinq ans au maximum. Les grands événements collectifs ne changent pas seulement notre rapport au futur — ils changent aussi jusqu’où nous pouvons le regarder.
Quelque chose de nouveau est apparu lors de cet atelier. Un participant a dit qu’il ne parvenait plus à distinguer son avenir personnel de l’avenir global — il les vit comme une seule et même chose. Nous avons entendu cela pour la première fois il y a quelques mois à Sciences Po. Cela nous amène à repenser le concept de Perspective Temporelle Équilibrée et approfondit la direction de nos recherches.
L’atelier a été animé par Anna Sircova, avec l’assistance de Mariam et Galina Zhukova. Merci à Nicolas Fieulaine et à l’Institut Transitions pour l’invitation, et à toutes les personnes présentes pour l’ouverture avec laquelle elles ont abordé ces questions.
Si vous souhaitez organiser un atelier « Images du Futur » dans votre organisation, votre programme de formation ou votre équipe, n’hésitez pas à nous contacter !
